Saint-Gilles-du-Gard

mercredi 26 août 2015
par  Jean-François
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Pèlerinage Saint Gilles
Sur les chemins de Saint Gilles vers Saint-Gilles-du-Gard (Gard)
Autour du 1er septembre de chaque année, fête de saint Gilles



Le centenaire de la redécouverte du tombeau de saint Gilles dans l’église basse, en 1965, a été l’occasion pour Marcel Girault, de refaire à pied la route qui va de Clermont-Ferrand à Saint-Gilles-du-Gard.

Marcel Girault redécouvre l’ensemble des Chemins de Saint Gilles. Du IXe siècle au XIIIe siècle, Saint-Gilles fut en effet le port le plus oriental du royaume de France et ce fut de là que de nombreux pèlerins s’embarquèrent pour Rome et la Terre Sainte. C’est aussi dans cette ville que l’on vénère les reliques de saint Gilles.

Marcel Girault entreprit ainsi des recherches, écrit des livres sur le sujet et produit une thèse de doctorat en 1980. Ces efforts ont abouti à ce que les pèlerinages à Saint Gilles renaissent et conduisent nombre de pèlerins sur ces Chemins de foi.
Du fait de ce renouveau, Mgr Jean Cadilhac, évêque de Nîmes, décida en 1983 de créer l’association Les Chemins de Saint-Gilles, et lui confia la mission d’organiser et de pérenniser ces pèlerinages. C’est ainsi que, depuis lors, cette association organise plusieurs « routes », autour de la Semaine Sainte, en juillet et en août, en partant de différents endroits (Sénanque, le Lubéron, Vézelay, La Louvesc, Conques, Castres, Saint-Flour, le Larzac, Lodève, Notre-Dame-de-L’Hermitage, etc.).
Chaque « route » se déroule de 8 jours à 3 semaines, et rassemble une vingtaine de pèlerins qui vivent dans la convivialité, la rencontre et le partage des tâches. Les étapes quotidiennes sont d’environ 20 km, et les bagages sont trans portés par une camionnette.

L’animation spirituelle est assurée par le prêtre accompagnateur, mais aussi par chaque participant. Les hébergements sont variés et parfois rustiques. Toutes ces « routes » convergent vers Saint-Gilles-du-Gard le dernier samedi du mois d’août, où les pèlerins, rejoints par les « pèlerins d’un jour » et par les Saint-Gillois, se retrouvent pour entrer solennellement dans la ville et prier saint Gilles, dont la fête est fixée au 1er septembre.

D’autres pèlerins préfèrent effectuer le pèlerinage en solitaire ou avec des amis. La plupart d’entre eux choisissent alors de marcher sur le chemin de Régordane, qui relie Le Puy-en-Velay à Nîmes et Saint-Gilles-du-Gard.

Les sept Chemins de Saint Gilles

pèlerin Les sept itinéraires des chemins de Saint Gilles

Mgr Jean Cadilhac, évêque de Nîmes, décédé en 1999, a rédigé cette méditation pour définir l’esprit des « routes » de l’association Les Chemins de Saint-Gilles

« Le pèlerinage de Saint-Gilles-du-Gard est une marche à pied de trois semaines, de quinze ou huit jours vers Saint-Gilles où l’on arrive le dernier dimanche d’août. Il ne s’agit donc pas d’un pèlerinage au sens où on l’entend habituellement, ni d’une retraite itinérante mais d’une démarche et d’une expérience spirituelle originales.

1. Rupture

Le pèlerin qui prend la route de Saint-Gilles répond à un appel intérieur plus ou moins clairement perçu. Cet appel est celui-là même qui fut adressé à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai (Genèse 12, 1). Cela implique une rupture avec la vie quotidienne pour apprendre à vivre autrement. On laisse ses habitudes, son confort matériel et moral, toutes sortes de futilités dont le plus souvent on est esclave. Par là, on retrouve une certaine liberté et disponibilités intérieures. On marche vers un but : Saint-Gilles. Même si l’on sait peu de choses sur ce saint, tout au long de cette route l’Evangile redevient l’horizon qui guide le pèlerin et vers lequel il marche. Prendre la route de Saint-Gilles aide à retrouver le sens de sa vie.

2. Intériorité

Le pèlerinage de Saint-Gilles repose sur le fait que toutes les réalités de notre vie sont destinées à être spiritualisées.

« Le Christ s’est fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’Il est » (saint Irénée). Beaucoup considèrent que la vie spirituelle est au-delà de ce qui fait notre vie quotidienne : la famille, le travail, les loisirs, la vie sociale, etc. Ils la réduisent à la prière et à la contemplation. Or nous n’avons pas deux vies. C’est en toutes choses que nous avons à nous laisser guider par l’Esprit de Dieu. C’est toute notre vie, y compris ses aspects les plus matériels, qui doit être transformée par l’Esprit. « Si tu n’es pas spirituel jusque dans ta chair, tu deviendras charnel jusque dans ton esprit » (saint Augustin).

Notre vie spirituelle ne se mesure pas au temps que nous consacrons à la prière ou à son intensité, même si celle-ci est profondément nécessaire. Notre vie spirituelle n’est rien d’autre que notre vie la plus ordinaire transfigurée par l’Esprit. En Jésus, l’Esprit de Dieu a pénétré la totalité d’une vie humaine et, pendant trente ans, Jésus a mené la vie cachée à Nazareth, accomplissant les gestes quotidiens d’un jeune juif, fils de charpentier. A un titre différent, il en est de même de la Vierge Marie, « sur qui est venu l’Esprit-Saint et que le Très-Haut a prise sous son ombre ». Elle est la femme de notre race la plus « spiritualisée » qui nous précède dans notre pèlerinage de foi.

Dans le Christ, l’Esprit de Dieu et l’homme sont définitivement liés. Il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni. C’est dans cet esprit que le pèlerinage de Saint-Gilles refuse de compartimenter la vie. S’il y a l’Eucharistie quotidienne et des temps de prière, ce n’est pas d’abord cela qui fait le pèlerinage mais bien la façon dont on va vivre la marche, les rencontres, la préparation des repas, l’inconfort des gîtes… et parfois les inconvénients d’une vie de groupe dans des conditions matérielles les plus sommaires.

On ne marche pas seulement avec son corps, on marche aussi avec son cœur. On ne se déplace pas seulement d’un lieu à un autre, on entre à l’intérieur des êtres et des choses, à l’intérieur de soi-même et à l’intérieur de Dieu. On s’entraîne ainsi à vivre sa vie de l’intérieur et à regarder au-delà des apparences. Le pèlerinage de Saint-Gilles est un retour à l’intériorité car la vie spirituelle est la vraie dimension de ce qui nous occupe tous les jours. Madeleine Delbrêl disait : « La vie spirituelle est une vie humaine vécue de l’intérieur. »

3. Fraternité

Le pèlerinage de Saint-Gilles est une marche ensemble. Les pèlerins sont de conditions sociales, de sensibilités religieuses, de convictions de foi, et d’âges très différents. Cela permet une expérience de fraternité parfois éprouvante car elle n’est pas absente de heurts et de conflits mais c’est un chemin de conversion. L’autre différent de moi, et que je n’ai pas choisi, m’oblige à sortir de mon univers ; il me remet en cause dans ma manière d’être en relation. Il me révèle mes manques et cette part de moi-même qui se refuse à aimer et à se perdre pour l’autre quel qu’il soit.

Le pèlerinage de Saint-Gilles nous aide à vivre ce que saint Paul demande aux Philippiens : « Ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment, n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts mais plutôt que chacun songe à ceux des autres (Philippiens, 2).

Rupture, intériorité, fraternité, telles sont les caractéristiques des chemins de Saint-Gilles. Elles contribuent à en faire un pèlerinage différent des autres où le corps est aussi bien impliqué que le cœur, un pèlerinage qui nous permet d’apprendre à vivre autrement ».

(De nombreuses autres méditations et homélies de Mgr Jean Cadilhac concernant le pèlerinage de Saint-Gilles sont rassemblées dans une plaquette, éditée par l’association Les Chemins de Saint-Gilles.)

Sources et sites à consulter

pèlerin Les Chemins de saint Gilles

pèlerin Chemins de Saint Gilles

pèlerinages de France Saint Gilles du Gard

wikipedia